Catéchèse de Monseigneur Golfier
(17 mai 2004)

Foi et guérison

Thèmes :

                Qu’entend-on par guérison ?

La guérison pas toujours facile. On l’entend Miraculeuse, spectaculaire.
On s’attend à quelque chose d’instantané. Suivant l’ironie habituelle, si on est malade et si on va à Lourdes, c’est pour guérir.


La guérison pose beaucoup de questions, difficiles à vivre pour ceux qui sont réellement dans le mal « pourquoi moi ? pourquoi les autres et pas moi ? par qui ? placé devant Dieu, et pour faire quoi, car c’est sans doute un appel à faire quelque chose ?


Ou la guérison est-ce suivre un processus normal, voir partir le mal, grâce à des traitements, grâce à des interventions qui vont supprimer la cause du mal.
Plus lent, demande du temps mais c’est ce dont on est plus familier.


Définitions :

Madame, dit le médecin, les examens n’ont jamais été aussi bons. Vous êtes guérie. On pense que c’est terminé. Il y a d’abord le choc de la guérison. Dans la maladie, on prend des habitudes, on s’appuie sur les soins, sur personnel qui chouchoute, on se fait une autre vie dans la maladie. La guérison n’est pas si simple, et désarçonne parfois la personne qui la vit.

Qui guérit : le médecin, les infirmières, les traitements, les interventions ?

C’est la personne malade qui s’engage dans un processus, comme un chemin, difficile. Dans la maladie on parcourt un chemin de lutte, semé de remises en cause (est-ce ma faute etc ?), de découvertes, de rencontres que l’on n’aurait pas imaginées sans la maladie. Maladie et guérison sont comme deux chemins de pèlerinage, où l’on part de loin parfois, pour s’avancer vers la lumière, vers la source. On se retrouve soi-même, on retrouve Dieu autrement. A Lourdes en particulier pour nous aider, la présence et le visage de Marie, mère de Dieu, et de Bernadette, humble petite fille, nous guident sur le chemin.

Nous qui accompagnons des personnes malades, cela nous touche de très près, brancardiers et infirmières, nous sommes complètement impliqués dans le processus, qui permet à quelqu’un de dire j’ai guéri ou j’ai trouvé une guérison. Tout n’est peut-être pas pour autant guéri. Nous constatons que les malades qui vont à Lourdes n’attendent la plupart du temps pas une guérison de type « miracle » pour eux-mêmes, avancent vers autre chose.

Les miracles à Lourdes

Les guérisons miraculeuses se produisent dès le départ : la première pendant la période des apparitions (Catherine xxx)

L’Eglise a rapidement fait appel à la médecine. Contexte fin dix-neuvième, positiviste, où la science faisait beaucoup de progrès, et où l’anticléricalisme était assez répandu (nb : séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905). Les médecins rendent leur service à l’Eglise dans un but d’aider dans le discernement pastoral. Les médecins rassemblent un dossier établissant que la guérison est inexplicable, et c’est l’évêque du diocèse concerné qui peut déclarer la guérison miraculeuse.


Les critères d’une guérison miraculeuse :
1ère étape : la personne guérie vient exposer son cas au bureau des médecins, soit pendant le pèlerinage, soit après.
Un dossier contradictoire est constitué et examiné par l’ensemble des médecins présents à Lourdes. Le dossier est étayé par le malade et les médecins traitants.
Scientifiquement, une guérison est dite inexplicable si les conditions suivantes sont réunies :

1858 – 1914 : 57 guérisons reconnues inexpliquées par la médecine pour une fréquentation de 5600 pèlerins malades, soit une guérison pour cent malades (ce ne sont pas les miracles reconnus, l’Eglise procédait ensuite à un tri).
1928 –1947 : 1 guérison pour 1600 malades
aujourd’hui évidemment beaucoup moins !


Les maladies psychiatriques : difficile d’apprécier une évolution par rapport à un état antérieur, et de déclarer une guérison soudaine et durable, donc d’emblée exclues du champ des miracles.

Les guérisons dans l’Evangile

Le Christ a accompli beaucoup de miracles. Pourquoi ?

D’une part, à l’époque, il y avait beaucoup d’autres thaumaturges, donc si le Christ n’avait pas accompli de miracles, il n’aurait pas été cru.


D’autre part, il les a accomplis pour qu’à travers ces miracles, on puisse accueillir sa parole comme réelle.

Les attitudes humaines face à la maladie.

En écho à ces miracles du Christ, regardons des attitudes humaines.

L’onction des malades

C’est le sacrement de guérison, mais pas n’importe laquelle. La plupart des malades n’attendent pas de retrouver leurs jambes, ils comprennent qu’ils vont se relever autrement. On propose les gestes que le Christ faisait auprès des malades, qui approchait, qui tenait la main, qui imposait les mains, la promesse de sa présence constante pour marcher avec nous, sa parole, d’attention, de compréhension, de pardon, le don de la force pour lutter contre le mal, pour vivre sans révolte, pour continuer à aimer, pour retrouver l’envie de vivre.


J’avais perdu la foi, j’ai retrouvé l’espérance. Chacun se voit confier une mission, par l’onction (comme les autres sacrements qui ont une onction : le baptême, la confirmation, le sacerdoce) dans le monde « à l’endroit » (cf. Mgr.Soubrier à la messe à la grotte). On retrouve un monde où chacun, même petit, même malade à une place.


On peut guérir même quand le corps reste malade, et même quand on n’était pas malade.
Marie ne promet pas à Bernadette l’absence de mal, elle dit à Bernadette : « je vous promets d’être heureuse ».

La guérison chez les hospitaliers.

« On a tous à guérir de quelque chose »

Ne faisons pas autant de différence entre les hospitaliers et les pèlerins que nous emmenons, nous formons un tout indissociable.

1 – Les pèlerins malades : reflet de notre propre fragilité (miroir)

Chez les pèlerins malades, la souffrance et la difficulté se constatent plus facilement.


Nous pouvons avoir le sentiment parce que physiquement ou « socialement » nous sommes bien portants d’être différents des pèlerins malades que nous emmenons.


On découvre au contact des plus pauvres que nous leur ressemblons, comme celui qui est malade, âgé, handicapé, nous avons besoin de l’attention et de la présence des autres pour nous sentir bien. Dans une difficulté quelle qu’en soit la nature, la simple présence d’un autre nous apporte un bien être profond. Cette présence peut être simplement écoute sans chercher à résoudre immédiatement (1ère catéchèse) les problèmes ou les questions qui se posent.


Nous apportons cette écoute et cette présence à l’autre comme nous souhaitons qu’elle nous soit apportée dans les moments difficiles.


C’est une rencontre avec l’autre, avec nous même…..avec Dieu en personne qui vient nous interroger sur notre être et sur le besoin de sa présence pour vivre. La compassion pour l’autre ne vient pas forcement de nous-même mais c’est une grâce qui nous est donnée par la rencontre du plus petit et donc par la rencontre de Dieu lui-même.

2 – A Lourdes, les barrières tombent et nous sommes davantage en lien avec nous-mêmes.

On ne peut pas être à l’écoute des autres sans être à l’écoute de soi même ni être à l’écoute de soi-même sans être à l’écoute des autres.


Lourdes nous offre cette opportunité en vivant avec les pèlerins malades mais aussi avec les autres hospitaliers.


Nous sommes davantage portés à faire attention à l’autre, à l’écouter en profondeur, à découvrir ce qu’il est vraiment avec ces doutes, ces difficultés et aussi ces qualités, ces « talents », encore une fois sans chercher à trouver des réponses toutes faites immédiatement aux différents questionnements (1ère catéchèse).


Dans la vie quotidienne, nous souffrons souvent de solitude pour les choses essentielles, nous nous croisons, nous nous manquons, nous ne trouvons pas forcément les personnes à qui parler en vérité, alors nous nous refermons sur nous même ou nous nous réfugions derrière un masque par peur d’être reconnu, démasqué ( et si nous ressemblons toujours aux autres, nous ne sommes jamais nous même ). En écoutant des personnes qui rencontrent des difficultés, nous découvrons que nous avons aussi la capacité et le besoin de nous ouvrir aux autres en ayant la confiance qu’ils nous écouteront avec respect et bienveillance.


Se laisser porter, c’est une forme de guérison.


Combien de conversations profondes et enrichissantes pouvons nous avoir entre hospitaliers et/ou malades à lourdes ? Ces conversations nous suivent bien au-delà du pèlerinage dans nos vies quotidiennes et nous font changer en profondeur.


N’est-ce pas une forme de guérison ? Nous nous sentons mieux et pourtant dans les faits et dans nos vies quotidiennes la situation n’a pas forcement évolué à notre retour à Paris mais nous vivons ces situations beaucoup mieux. Nous nous sentons plus proches des autres et plus proche de nous même, plus proches de Dieu.

3- Le changement du regard et la conversion du cœur : la Réconciliation

A Lourdes, nous sommes souvent confrontés à nos limites.


Dans cette démarche, nous prenons conscience de nos défauts d’écoute de l’autre, de nos inattentions et donc de nos faiblesses.


Ce sont les pèlerins malades qui nous rappellent la place fondamentale de l’écoute dans nos vies.


Si nous prenons le temps d’écouter les autres alors nous prendrons aussi le temps d’écouter ce que Dieu nous dit à travers l’écoute du plus fragile. Nous ressentons un grand bien être à écouter celui qui est dans la difficulté de la même façon que nous ressentons un grand bien être à être écouté. Il s’enclenche alors un cercle vertueux.


Néanmoins nous demeurons fragiles par rapport à cette capacité :


Prenons-nous toujours le temps de cette écoute de l’autre?
Ecoutons-nous toujours attentivement dans nos vies de tous les jours ?
Acceptons-nous d’être nous même avec nos difficultés et nos peurs ?


Nous prenons au moins conscience de ce manque et nous pouvons demander à Dieu à la fois son pardon et son aide.


4- Lourdes : le miracle permanent de l’attention des uns aux autres.

Nous faisons à Lourdes des choses difficiles ( se lever tôt, peu de sommeil, journées longues et chargées )et nous les faisons toujours avec bonheur sans jamais penser à nous plaindre, c’est un vrai miracle.


Même les pèlerins malades sont heureux d’être là et d’avoir une semaine plutôt agitée.


Nous trouvons un lieu d’échange et de rencontre entre pèlerins malades et hospitaliers jeunes et moins jeunes, entre hospitaliers jeunes et moins jeunes, dans une communion étonnante.


Nous sommes rassemblés par une force qui nous dépasse et nous submerge, un déluge de grâce qui est répandu sur nous et que Marie a voulu pour ceux qui se tournent vers elle, de leur propre volonté ou emmenés à Lourdes par d’autres comme à l’image du paralysé transporté par le toit sur un brancard pour parvenir jusqu’à Jésus.


Marie nous amène à son fils que nous soyons pèlerins malades ou hospitaliers parce qu’elle sait que son fils peut nous guérir.

5-L’espérance des malades et des hospitaliers: Espérance déçue ?

Certains malades nous demandent si ils vont guérir ou témoignent de leur certitude de guérir ou nous parlent déjà des effets de la guérison ( un orteil qui bouge……)


Nous devons respecter ces espoirs, ne pas les encourager mais ne pas les décourager non plus.


Nous devons nous souvenir que ce qui compte, c’est d’être là avec la personne.
Dieu seul guérit, l’âme ou/et le corps.


Nous nous contentons seulement de faire venir quelqu’un près de Marie qui intercède auprès de son fils ( comme les brancardiers avec le paralytique ) et nous n’avons pas de question à poser, ni de jugement à émettre sur la nature de l’espérance d’une personne.


Que demandons-nous nous-même dans nos prières ? Sommes-nous « tristement » réalistes (résignés) ou faisons-nous pleinement confiance ?

Echange après l’enseignement :

L’ascension : « Vous serez mes témoins », pas des enseignants de religion.
Une forme de guérison, c’est de revenir de Lourdes témoin.
Le miracle permanent de Lourdes : c’est le service qui nous permet d’être nous-mêmes.
Toute guérison vient de Dieu.
Que dire à une personne qui espère fermement guérir ? Quelle attitude adopter face au désespoir qui se cache derrière cet espoir ? Nous ne devons ni encourager, ni décourager, notre rôle est de faire notre possible pour aider la personne à approcher du Christ (comme les compagnons du paralytique), de nous placer en serviteur de cette personne.